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Conference « L’evolution de l’image de St Georges a travers les arts » mercredi 23 mai 2018 18h30 Maison Internationale Mons

Georges, un Saint montois et mondial 

Le Saint-Georges montois, une des nombreuses incarnations du personnage à l’échelle mondialeMathieu GOLIN-VAUX

La figure de Saint-Georges est centrale dans le folklore montois. Mais il n’y a pas qu’à Mons que la légende du personnage a été entretenue. Comment s’est-elle imposée mondialement? Richard Miller, homme politique et philosophe, lui a consacré une thèse. 

Dimanche, Saint-Georges sera le héros de la Cité à Mons, en terrassant une nouvelle fois le dragon. Si le folklore du Doudou est aujourd’hui unique au monde, le personnage de Saint-Georges est universel. Pourquoi et comment a-t-il été célébré dans le monde entier, et pourquoi le combat dit Lumeçon a-t-il pris une telle dimension à Mons?

Ce sont des questions auxquelles Richard Miller a voulu apporter des réponses, par le biais d’une thèse défendue et publiée en 2011 à l’ULB. Car à côté de son engagement politique, le député fédéral libéral et conseiller communal montois est un assoiffé de savoir.

Diplômé de philosophie au milieu des années 1970, il rêve un jour de pouvoir de réaliser un doctorat. Pendant une vingtaine d’années, il écrit des articles sur le rapport entre la réalité et la fiction, tentant de comprendre comment les deux dimensions s’influencent réciproquement. Mais il lui manque un thème fort pour dérouler ses idées.

«

Le Doudou a été une révélation, qui m’a permis de comprendre ce que je voulais expliquer

»

Et puis, à la grâce d’un parachutage politique, le natif de Lodelinsart débarque à Mons. C’était il y a tout juste 20 ans et le Carolo se prend une gifle en découvrant la richesse historique et patrimoniale du centre-ville. Dans la foulée, Richard Miller découvre le Doudou, qui focalise l’attention de toute la population durant le week-end de la Trinité. «C’est une véritable communion entre la population et son folklore, son histoire, ça m’a vraiment impressionné.»

Un combat que le transfuge carolo admire du balcon de l’Hôtel de ville, avec les autorités communales. «Le déclic s’est alors fait dans ma tête, je me suis dit: c’est le sujet que je cherche. J’avais en face de moi une communion entre la réalité et la fiction et toutes mes pistes de réflexion ont pris forme. Ça a été une révélation, qui m’a permis de comprendre ce que je voulais expliquer.»

Saint-Georges, le martyr qui a l’oreille de Dieu

Pour comprendre comment la figure de Saint-Georges s’est universellement imposée, Richard Miller revient aux origines du mythe, qui apparaît au début du 4e siècle. Progressivement, son histoire prend la forme d’un «mégalomartyre»: dans la Passion de Georges, le pauvre bougre est torturé pendant 7 ans, avec trois morts et trois résurrections successives, conclues par une décapitation finale. Bref, l’auteur de cette passion n’a pas fait dans la dentelle.

Et particularité de ce récit: «Georges n’a jamais douté de Dieu, il a tout supporté. C’est un élément qui a toute son importance parce que Jésus, sur la croix, a douté. Pour le remercier, Dieu va lui dire: “quand tu intercéderas en faveur de quelqu’un, je t’écouterai”. Et ces deux éléments-là, qu’il surmonte la peur et qu’il a l’oreille de Dieu, vont faire que le culte de Saint-Georges va se développer un peu partout à travers la Chrétienté. C’est comme ça que l’on retrouve des chapelles Saint-Georges, des églises Saint-Georges…» Voire des noms de communes, comme Saint-Georges-sur-Meuse par exemple.

Surmontant les peurs, Georges devient le saint patron des chevaliers, croisés, Templiers, etc. Mais, plus important pour Richard Miller, il devient aussi le protecteur des classes laborieuses. «Par exemple, le berger qui est dans la nuit avec son troupeau et qui a peur de se faire attaquer par le Loup va se tourner vers Saint-Georges.» Les femmes aussi s’en remettent à Saint-Georges. «Celles qui ont peur de ne pas trouver un mari, ou justement parce qu’on leur a trouvé un mari, qui ont peur de ne pas avoir d’enfant et d’être rejetée, celles qui ont peur d’accoucher… Toute cette couche de peur féminine va se rattacher au personnage de Saint-Georges.» Qui devient celui qui protège toute personne de la peur, qu’elle quelle soit, d’où qu’elle vienne.

L’extension planétaire de Saint-Georges sera aidée par l’Angleterre. Au retour de la quatrième croisade, Richard Coeur de Lion impose le personnage comme Saint-Patron de l’Angleterre, parce qu’il aurait aidé 500 chevaliers à vaincre 60.000 Sarrasins en 1177. L’Angleterre deviendra plus tard la première puissance mondiale, exportant son Saint bien au-delà de l’Europe et du Moyen-Orient…

Le dragon apparaît, 1000 ans plus tard

Si Saint-Georges devient une figure incontournable, c’est dans un premier temps sans son dragon. «El’Biète» comme disent les Montois n’apparaît vraiment qu’en 1270. Jacques De Voragine, chroniqueur italien, publie la deuxième édition de «La Légende dorée», véritable «Who’s Who» des Saint(e) s.

Et dans la notice consacrée à Saint-Georges, il développe une légende qui circule à l’époque, à savoir que Saint-Georges a affronté le mal absolu, incarné par un dragon. «C’est une légende absolument passionnante, poursuit Richard Miller. Il y a une ville, assiégée par un dragon, qui fait mourir la population avec son souffle pestilentiel.»

Pour calmer le dragon, le roi sacrifie des moutons. Quand il n’y en a plus, le roi décide de sacrifier des enfants, tirés au sort. Pas de chance pour le roi: un jour, c’est le nom de la princesse qui sort. Le roi pense que son sang royal lui confèrera une dispense de sacrifice, mais non: «il y a une révolte démocratique du peuple, qui dit: non, elle doit y passer comme les autres.»

La jeune fille s’offre donc au dragon, devant les yeux du peuple massé sur les remparts, quand, tel un Zorro biblique, Georges débarque et s’en va combattre le dragon avec son cheval et sa lance. «Georges ne tue pas le dragon, mais il le blesse, l’attache avec la ceinture de la jeune fille pour le ramener en ville et menace de le relâcher s’il ne se convertit pas à la religion chrétienne. Il y a donc un côté un peu noir à Georges.» Il a aussi un côté cow-boy solitaire: «Tout le monde est certain qu’il va épouser la princesse, mais il s’en va, tel un Lucky Luke.»

C’est sur cette base que se développent des récits, des créations artistiques et du folklore. Des représentations du combat de Saint-Georges contre le dragon essaiment un peu partout, comme l’illustre un tableau de Pierre Breughel l’Ancien, où procession religieuse, représentation du combat et beuverie semblent se mêler… De quoi furieusement rappeler le Doudou, dont les origines à Mons remontent au milieu du 14e siècle.

Gravure de la kermesse de la Saint-Georges de Hieronymus Cock, d’après Pierre Breughel l’Ancien. A l’arrière-plan, on aperçoit un dragon à roulettes manié par un homme.Rijksmuseum Amsterdam

Et qui est toujours vivant 7 siècles plus tard, alors qu’ailleurs les représentations du combat de Saint-Georges ont disparu. Comment l’expliquer?

«Il se fait qu’un chevalier de la région, Gilles de Chin, avait tué une bête monstrueuse. Avant la légende de Saint-Georges, il y avait déjà des festivités organisées pour célébrer cela. Mais quand l’histoire de Saint-Georges commence à se développer, le mythe de la légende vient supplanter la réalité et c’est Georges qui restera, oubliant malheureusement Gilles de Chin, qu’on ne garde que dans les Chinchins.»

Selon Richard Miller, «c’est cet ancrage dans le réel qui fait que le mythe s’est implanté et a finalement supplanté la réalité. C’est une belle rencontre entre la réalité et la fiction.» Tout ça valait bien une thèse.

Tous les grands pinceaux se sont attaqués au combat

Œuvre de Le Tintoret, qui a plusieurs Saint-Georges à son actif. -Les travaux de Richard Miller sur la légende de Saint-Georges l’ont amené à se pencher sur la représentation iconographique du Saint et de son combat contre le dragon. Ce mercredi, en prélude au Doudou, il tiendra une conférence sur l’évolution de l’image de Saint-Georges à travers les Arts à la Maison Internationale de Mons.

«Même si Saint-Georges n’a jamais été accepté par l’église chrétienne (qui le trouvait un peu too much), le culte de Georges est inarrêtable. De la Russie à l’Espagne, on retrouve partout des représentations, des tableaux, des dragons… La légende va susciter énormément de créations artistiques et littéraires. Tous les grands peintres de la fin du moyen âge jusqu’à la fin de la Renaissance ont peint un Saint-Georges. Raphaël, Rubens, Uccello, etc.»

Le fait d’avoir été source d’inspiration de tous les grands noms garantit à Saint-Georges sa postérité dans l’histoire de l’art. Mais Saint-Georges est aussi le héros du tableau qui allait définir l’art européen. «Celui-ci se définit par l’utilisation de la perspective. Et la toute première œuvre occidentale créée selon la perspective, c’est une sculpture de Donatello représentant un combat de Saint-Georges.»

Le personnage se trouve même au centre de l’art abstrait: «quand il crée cet art, Kandinsky représente des Saint-Georges.» En littérature: Jean-Paul Sartre a tenté un ouvrage jamais achevé consacré au peintre Le Tintoret, qui a peint plusieurs Saint-Georges, dont il a extrait «Saint-Georges et le Dragon», publié en 1966. Un siècle plus tôt, Émile Verhaeren publiait le poème Saint Georges dans son recueil «Les Apparus dans mes chemins», poème présenté comme un tournant en son art.

Pourquoi Saint-Georges a-t-il tant marqué les esprits dans les arts? «Je pense que c’est dû à la structure du combat, où l’artiste est tenu d’exprimer ce choc entre Saint-Georges et le dragon. Ça a amené les peintres à inventer une réponse avec leur style.»

Saint-Georges libère la princesse du dragon, par Donatello, exposé au musée national du Bargello à Florence.Wikimedias

En savoir plus?

La conférence de Richard Miller sur l’évolution de l’image de Saint-Georges à travers les Arts a lieu mercredi à 18h30 à la Maison Internationale de Mons, située rue d’Havré n°97.

La thèse de Richard Miller qui prend l’exemple de la légende Saint-Georges a été publiée sous le titre suivant en 2011: L’imaginisation du réel. L’illusion de Bien (saint Georges) et la vengeance fictive (Quentin Tarantino). Disponible aux éditions Ousia.

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